Paul regarde ensemble la souffrance de la création, l’attente des croyants et l’action de l’Esprit. L’espérance chrétienne ne nie aucun de ces gémissements : elle les situe dans l’attente de la délivrance promise par Dieu.

La création gémit. Paul ne décrit pas un monde qui fonctionnerait parfaitement sous une apparence troublée. Il reconnaît la corruption, la fragilité et la souffrance. Ce regard nous autorise à nommer ce qui fait mal : la destruction, la maladie, les vies abîmées et tout ce qui semble contredire la bonté de la création.

Mais ces gémissements sont comparés aux douleurs d’un enfantement. Paul ouvre une attente : la servitude actuelle n’est pas la destination finale du monde. Dieu promet une libération liée à la manifestation de ses enfants. La gloire à venir concerne une création délivrée, et pas seulement des âmes qui s’échapperaient d’un monde abandonné.

Les croyants gémissent eux aussi. Posséder les premiers dons de l’Esprit ne nous met pas à l’abri de la fatigue. Nous attendons encore la rédemption de notre corps. Notre foi peut donc être réelle tandis que nos articulations souffrent, que notre sommeil se défait ou que notre cœur peine à supporter une séparation.

L’espérance porte sur ce que nous ne voyons pas encore. Elle demande la patience, mais une patience habitée par la promesse. Nous n’avons pas à produire une explication pour chaque malheur afin de rester croyants. Nous pouvons reconnaître que nous attendons, que nous ne comprenons pas tout et que la délivrance n’est pas encore pleinement visible.

C’est précisément là que l’Esprit vient à notre aide. Paul ne dit pas seulement qu’il aide les personnes capables de prier correctement. Il parle de notre faiblesse et de notre ignorance : nous ne savons pas toujours ce qu’il convient de demander. Certaines douleurs rendent même une phrase difficile à former.

L’Esprit intercède alors avec des soupirs qui dépassent nos paroles. Dieu connaît cette intercession et la reçoit selon sa volonté. La prière ne repose donc pas entièrement sur notre maîtrise du langage. Un silence devant lui, traversé de fatigue et de confiance, n’est pas nécessairement un silence vide.

Aujourd’hui, nous pouvons venir à Dieu tels que nous sommes. Peut-être lirons-nous quelques mots de l’Écriture ; peut-être déposerons-nous seulement un nom ou une inquiétude. Nous pouvons également accompagner la plainte d’un autre sans la corriger trop vite. La présence de l’Esprit nous apprend à attendre la vie promise, avec le monde qui gémit et avec ceux dont nous partageons la peine.