Pour appeler les Philippiens à l’unité et à l’humilité, Paul leur présente Jésus-Christ. Son abaissement jusqu’à la croix, puis son exaltation par Dieu, révèlent le cœur du Seigneur auquel l’Église appartient.

Ayez entre vous la disposition qui était en Jésus-Christ. Paul ne propose pas une pensée abstraite sur l’humilité. Il place la vie de Jésus devant une communauté qui doit apprendre à renoncer aux rivalités. Notre manière de vivre ensemble se forme au contact de celui que nous confessons comme Seigneur.

Jésus est présenté dans la condition de Dieu. Pourtant, il ne traite pas son égalité avec Dieu comme un avantage à exploiter pour lui-même. Il prend la condition de serviteur et devient semblable aux hommes. Sa grandeur se manifeste dans le don, sans qu’il cesse pour autant d’être celui qu’il est.

Son abaissement le conduit jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort sur une croix. Ce chemin n’est pas une simple démonstration de modestie. Il est l’obéissance du Fils qui se livre pour nous sauver. Jésus rejoint notre condition jusque dans sa profondeur douloureuse et porte le coût de notre réconciliation avec Dieu.

Nous mesurons souvent notre place à ce que nous pouvons préserver : notre rang, nos droits, notre réputation. Le Christ nous montre une liberté différente. Nous pouvons avoir une responsabilité sans utiliser chaque occasion pour rappeler notre importance. Nous pouvons servir sans considérer un geste modeste comme une diminution de notre valeur.

Cette humilité ne consiste pas à nier notre dignité ou à laisser quelqu’un nous détruire. Elle se reconnaît à un amour qui refuse de faire du pouvoir un instrument d’avantage personnel. Jésus choisit de se donner ; son chemin ne justifie pas que nous imposions à d’autres un effacement dont nous tirerions profit.

Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le nom au-dessus de tout nom. L’abaissement ne conduit pas à l’oubli final. Celui que les hommes ont humilié est reconnu comme Seigneur. Toute langue confessera Jésus-Christ, à la gloire de Dieu le Père. L’avenir appartient au Crucifié ressuscité, et non aux puissances qui croyaient l’avoir éliminé.

Aujourd’hui, nous pouvons porter cette espérance dans une relation concrète. Écouter sans interrompre pour affirmer notre compétence, reconnaître une faute, accomplir un service que nous aurions jugé inférieur à notre rang : autant de gestes où la disposition de Jésus peut prendre forme. Nous ne descendons pas pour mériter d’être exaltés. Nous servons parce que notre Seigneur nous a aimés ainsi, et parce que notre dignité est déjà gardée auprès de lui.