Matthieu 10.40-42 conclut le discours missionnaire par une parole sur l’accueil. Après l’opposition, la peur, la croix et la perte de sa vie, Jésus parle de maisons ouvertes, de prophètes reçus, de justes accueillis et d’un verre d’eau donné à un petit disciple.
Jésus dit : « Celui qui vous reçoit me reçoit, et celui qui me reçoit reçoit celui qui m’a envoyé. » La phrase donne une dignité étonnante aux disciples envoyés. Ils ne portent pas seulement une opinion religieuse. Ils viennent comme représentants du Christ, et derrière le Christ se tient le Père qui l’a envoyé.
Recevoir les envoyés de Jésus n’est donc pas un geste neutre. C’est une manière de répondre à Jésus lui-même. Le Seigneur s’identifie à ses messagers d’une manière qui dépasse leur valeur personnelle. Ils peuvent être faibles, ordinaires, vulnérables, mais l’accueil qui leur est fait touche le Roi qui les envoie.
Cette parole devait encourager les disciples. Jésus vient de leur annoncer le rejet, les tribunaux, la haine, la division. Ils pourraient se demander si leur mission aura seulement des portes fermées. Jésus leur dit aussi qu’il y aura des accueils réels, et que ces accueils auront un poids devant Dieu.
Mais cette parole responsabilise aussi ceux qui entendent. Il est possible de recevoir Jésus en recevant humblement la parole de ses envoyés. Il est aussi possible de le refuser en méprisant ceux qu’il envoie. Le Royaume vient souvent sous des formes modestes, et c’est précisément là que notre cœur est éprouvé.
Nous aimons imaginer que nous aurions accueilli Jésus directement. Mais Jésus nous rejoint souvent par des médiations ordinaires : une parole fidèle, un témoin simple, un frère ou une sœur, une prédication sans éclat spectaculaire, un disciple dont la fragilité ne correspond pas à nos attentes.
La question devient alors concrète : savons-nous recevoir la vérité quand elle vient par un messager qui ne nous impressionne pas ? Savons-nous honorer le Christ dans ceux qu’il envoie, même lorsqu’ils ne portent pas les signes de prestige que nous aurions choisis ?
Jésus poursuit : « Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète recevra une récompense de prophète. » Recevoir un prophète, ce n’est pas seulement héberger une personne. C’est reconnaître la parole de Dieu portée par elle, avec le coût que cela peut impliquer.
Dans l’histoire biblique, les prophètes ont souvent été rejetés. Les recevoir signifiait parfois se placer du côté d’une parole impopulaire, d’un appel à la repentance, d’un avertissement que beaucoup préféraient éviter. L’accueil véritable n’est pas simple hospitalité sociale. Il est accord avec la parole de Dieu.
Jésus parle aussi de recevoir un juste en qualité de juste. Là encore, l’accueil reconnaît ce que Dieu fait dans la vie de quelqu’un. Il ne s’agit pas de flatter une réputation, mais de recevoir une personne parce qu’elle appartient à l’œuvre de Dieu.
La récompense mentionnée par Jésus ne doit pas être comprise comme un salaire marchand. Elle exprime la manière dont Dieu prend au sérieux les gestes faits en rapport avec son Royaume. Rien de ce qui est donné à cause de lui ne disparaît dans l’oubli.
Puis Jésus descend encore plus bas, vers le geste le plus simple : donner à boire un simple verre d’eau fraîche à l’un de ces petits parce qu’il est son disciple. Après les prophètes et les justes, voici les petits. Le Royaume ne se mesure pas seulement aux grandes figures, mais aussi à ceux qui semblent faibles, modestes, peu visibles.
Le verre d’eau fraîche est un acte presque minimal. Il ne demande pas une grande fortune, un statut, une compétence rare, une scène publique. C’est une attention concrète, simple, corporelle, donnée à quelqu’un qui appartient au Christ.
Jésus affirme que celui qui fait cela ne perdra pas sa récompense. Il donne ainsi une valeur éternelle aux gestes ordinaires accomplis par amour pour lui. Dans le Royaume, la grandeur ne se trouve pas seulement dans les actes héroïques. Elle se cache aussi dans la fidélité discrète.
Cette parole corrige notre fascination pour le spectaculaire. Nous retenons volontiers les missions impressionnantes, les paroles fortes, les sacrifices visibles. Jésus, lui, voit le verre d’eau. Il voit l’accueil, la porte ouverte, la fatigue soulagée, la petite miséricorde offerte à l’un de ses petits.
Cela ne diminue pas l’importance des grands engagements. Mais cela élargit notre compréhension de la fidélité. Tout le monde ne sera pas prophète, apôtre ou témoin devant des rois. Mais beaucoup peuvent recevoir, soutenir, rafraîchir, encourager, protéger, donner un verre d’eau.
La mission du Royaume a besoin de ceux qui partent et de ceux qui accueillent. De ceux qui parlent et de ceux qui ouvrent une maison. De ceux qui sont envoyés et de ceux qui soutiennent les envoyés. Jésus unit ces gestes dans une même histoire de grâce.
Il y a aussi une grande consolation pour les disciples « petits ». Jésus sait que certains de ses envoyés ne seront pas imposants. Ils pourront être fatigués, pauvres, méprisés, dépendants de l’hospitalité. Pourtant, ce qui leur est fait à cause de leur appartenance au Christ est reçu par Dieu comme un geste envers son Royaume.
Être petit aux yeux du monde ne signifie pas être invisible aux yeux du Père. Le même Jésus qui disait que les cheveux des disciples sont comptés dit maintenant qu’un verre d’eau donné à l’un de ces petits ne sera pas oublié.
Cela nous enseigne une spiritualité de l’attention. Dans la vie chrétienne, beaucoup de choses importantes ne font pas de bruit. Une visite. Un repas. Un message. Un trajet offert. Un enfant accueilli. Une personne seule écoutée. Une fatigue reconnue. Une parole vraie reçue au lieu d’être repoussée.
Ces gestes peuvent paraître minces face aux grandes détresses du monde. Pourtant, Jésus les prend dans ses mains et leur donne un poids. Le Royaume n’est pas seulement proclamé dans les foules. Il est aussi rendu visible dans l’eau fraîche donnée au bon moment.
L’Évangile donne à cette parole sa profondeur. Nous recevons parce que nous avons d’abord été reçus par Dieu en Christ. Nous donnons un verre d’eau parce que le Christ nous a donné l’eau vive. Nous accueillons ses petits parce que le Fils de Dieu s’est identifié aux faibles et aux siens.
À la croix, Jésus connaîtra lui-même la soif. Celui qui promet de ne pas oublier le verre d’eau fraîche dira : « J’ai soif. » Le Seigneur de gloire entrera dans le besoin le plus humain, afin d’ouvrir pour nous la source du salut.
Ainsi, nos petits gestes ne sont pas des moyens d’acheter l’amour de Dieu. Ils sont des réponses à l’amour reçu. La récompense promise ne transforme pas la grâce en commerce. Elle révèle simplement que le Père aime reconnaître ce que sa grâce produit dans ses enfants.
Aujourd’hui, ce passage nous invite à ne pas mépriser les occasions simples. Nous attendons parfois une grande mission alors que Jésus place devant nous un disciple à accueillir, un serviteur à soutenir, une personne fatiguée à rafraîchir.
Il nous invite aussi à recevoir. Recevoir une parole, recevoir un témoin, recevoir un petit. L’humilité chrétienne ne consiste pas seulement à donner. Elle consiste aussi à reconnaître que Dieu peut venir à nous par ceux que nous n’aurions pas choisis.
La fin de Matthieu 10 est donc pleine d’espérance. Les disciples seront exposés, oui. Ils porteront la croix, oui. Mais leur mission ne sera pas seulement faite de refus. Des maisons s’ouvriront. Des gestes modestes auront du prix. Des verres d’eau seront comptés par Dieu.
Rien n’est trop petit lorsqu’il est fait à cause de Jésus. Rien n’est perdu lorsqu’il est donné dans l’amour de son Royaume. Celui qui voit les moineaux voit aussi le verre d’eau. Et celui qui envoie ses disciples sait honorer ceux qui les reçoivent.